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Unzeit Quartet

Matthias Bauer / Joe Hertenstein / Frank Paul Schubert / Céline Voccia

Frank Paul Schubert (ss), Céline Voccia (p), Matthias Bauer (b), Joe Hertenstein (dms)

Trouble in the East records / Bandcamp

Date de sortie: 15/04/2024

Pareil quartet convoque, par les collaborations actuelles et passées de chacun de ses membres, directement ou de façon tentaculaire, la totalité des scènes du free-jazz et de l’improvisation de ces quatre dernières décennies, de Berlin à New York en passant par Londres. Un all-stars, autant dire, à ceci près que la pianiste Céline Voccia, encore méconnue en France, s’y est glissée avec un naturel confondant. Cela ne se remarquerait pas tant sont assimilées et fondues les expériences auxquelles tout ce temps a pu conduire si ce n’est, en creux, par l’aisance avec laquelle la musique circule, se développe, embarque et vire sur l’aile. On ne sera pas autrement surpris d’apprendre que ce quartet, réuni à initiative de la pianiste en décembre 2021, s’est immédiatement trouvé ; que le feu a pris à la première étincelle et que rien de cet embrasement initial ne s’est perdu jusqu’à cette séance de studio différée un an durant pour cause de coronavirus.

De climats intenses où le courant d’énergie se déverse et ramifie sans faiblir, à des territoires où il rayonne de façon presque pulsatile pour s’espacer tout à fait (Steinzeit), ressort surtout l’extraordinaire cohésion d’un ensemble à l’engagement sans réserve. Si bien que les passages où momentanément se retire l’un ou l’autre sonnent comme autant de perspectives sur le tout. Pour autant, ce sentimen ne serait pas ce qu’il est sans quelques approches individuelles telles que la logique imparable des développements de Schubert qui, de bout en bout, développe méthodiquement ; l’a-propos fourni, puissant, toujours inventif et sur le qui-vive de Céline Voccia ; et le don d’ubiquité doublé d’une solidité à toute épreuve de Matthias Bauer et de Joe Hertenstein qui entretiennent un feu roulant sans céder à la tentation de le rendre dévastateur. Car bien au contraire, l’énergie est mise ici au service de l’élaboration de formes qui solidement se tiennent, croissent et bouillonnent.

Dès la première pièce, Unzeit, prise sur un tempo moyen, tout ce qui tend à s’échapper des phrases du saxophone de Schubert est reversé au centre en un mouvement d’échange continu. Ce qui paraît une voix soliste ne se dissocie jamais du noyau qui la porte et dont elle se perçoit comme une émanation. Inversement, celui-ci foisonne en permanence en maintenant en équilibre des forces dont on pressent qu’elles pourraient fuser tangentiellement.La pièce qui suit (Bestzeit) s’assemble peu à peu, à partir de propositions discrètes. C’est par le travail du son que se forme progressivement, dans une sérénité exploratrice et par la projection d’axones, un alignement résumé en un bref solo de contrebasse à l’archet que rejoint un piano aux notes distillées. Mahlzeit s’organise par petites touches autour d’un espace dégagé. Peu à peu comblé, jalonné du clavier par des accords chûs de haut, des insistances soufflées, roulées, libèrent un beau trio d’où déboule tout à trac et à pleine vitesse un solo de walkin’ bass, aussi efficace qu’inattendu et soudainement éclairant sur ce qui est à l’oeuvre : la liberté par la rigueur, sans la contrainte.

Philippe Alen

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