Blue Perry (Gardes-le-Pontaroux, 16), 7 février 2026
Fred Borey (ts), Damien Varaillon(b), Stéphane Adsuar (dms).
Coup d’envoi d’une saison riche à venir, le Butterflies trio a joué à guichet fermé dans ce club de la campagne charentaise que Fred Borey, Damien Varaillon et Fred Adsuar avaient inauguré fin septembre 2023.
C’est peu dire que le Butterflies trio, emmené par Fred Borey était attendu. Le Blue Perry était comble ce soir de février. Nichée contre une falaise qui dégorge son eau le long d’un mur au cours de l’hiver et lui interdit de fonctionner d’octobre à février, cette grange aménagée dans la campagne entre Charente et Périgord transporte sans mal la scène des Sunside et autres clubs parisiens tant l’accueil, le traitement des musiciens et l’écoute y est incomparable. Ici, on aime la musique et ceux qui la font vivre. Du coup, la programmation de cette saison enchaîne les Donarier, Seva, Veras, Izquierdo qui sont heureux de jouer là et le font savoir. Yohann Loustalot et Blaise Chevalier y ont leur rond de serviette et le reste s’ensuit, jusqu’à des soirée différentes dont Schubert n’est pas exclu (Alice Rosset et Yaëlle Quincarlet). Ce qui n’est pas si étonnant puisque la chaleur et l’intimité du lieu, la bonne humeur qui y règne donne à tout concert un petit air de schubertiade.

C’était un peu l’esprit qui régnait ce 7 février puisque Fred Borey, au bout de quelques morceaux déclara qu’il n’y avait pas de setlist : dans le grand sac d’un répertoire éclectique mais choisi, on puise selon l’humeur et se lance sans barguigner. Il ne s’agira pas toutefois d’un énième ratissage de standards éculés, témoin cet allègre Remember par lequel débuta le premier set. Pour cette composition d’Irving Berlin très visitée, c’est la version d’Hank Mobley que Borey évoqua à titre d’exemple. Ce choix n’étonnera pas, car à défaut de renvoyer à une esthétique hard-bop qui n’est pas la sienne, le jeu particulièrement soigné de ce musicien pour musiciens en appelle à une éthique de jeu qui distingue Borey entre tous. Sa sonorité mate, jamais appuyée, son jeu réfléchi, sans l’ombre d’une roublardise, qui accorde une absolue confiance à la mélodie, incarne l’attitude d’un modernestory teller. Sa prosodie réfléchie dénuée d’afféteries, de complications sophistiquées mais avare de clichés s’appuie sur un soin du détail, une conduite de la phrase à la logique sensible sont partagés en outre par ses comparses qui épousent ses idées avec une discrétion qui rehausse encore leur efficacité. Damien Varaillan(b) joue de préférence en haut du manche embrassé d’un toucher exquis. Son soutien ferme fleurit les lignes sans les bousculer, avec un goût sans défaut : il est un peu le gypsophile d’un bouquet dans lequel Stéphane Adsuar (dms) pique de loin en loin les notes vives qui en rehaussent le plein épanouissement.

De petites figures inattendues, un léger déport, un déplacement d’accent : sur un set réduit dont il tire le maximum, aux baguettes, aux mailloches, aux balais, avec encore une sobriété qui l’honore c’est un plaisir de chaque instant. Nous avions là un trio à l’équilibre classique qui adopta le rythme de croisière de tempos plutôt lents, et lorsque l’on aborda à deux reprises des tempis rapides, c’était sans en avoir l’air. La part belle fut donnée à des thèmes bien découpés qui se prêtaient à de subreptices variations rythmiques. L’écoute concentrée du public nombreux entassé dans ce petit club de campagne (à laquelle les musiciens rendirent d’ailleurs hommage) se situait à la hauteur exacte où se déployait la musique, effectivement comme le vol d’un papillon : légère, sans violence, libre d’allure et de phrasé. Son nom de Butterflies trio se trouvait entièrement justifié : en volant de conserve, dans un flottement calculé, cet équipage, comme certaines espèces de lépidoptères peut, sans y paraître, voyager loi, très loin.
Philippe Alen, texte et photos





























