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Respire, plus que jamais

Chaque année, fin juin début juillet, quelques centaines d’amateurs se retrouvent dans la campagne charentaise autour de l’ancienne abbaye de Puypéroux (commune de Montmoreau), loin des grandes foires musicales de l’été. Il y a là des gens des alentours, des habitants d’Angoulême qui n’est qu’à trente kilomètres, mais aussi des fans venus d’un peu plus loin (Bordeaux, Dordogne, Charente-Maritime, Pays Basque) ou quelques touristes égarés. Mais une grande partie de ce public avisé est fidèle à l’évènement, avouant être attaché à une programmation qui ne les déçoit jamais et à une ambiance conviviale, presque familiale, où musiciens, bénévoles et artistes se mélangent en toute simplicité avec les spectateurs. Pour cette 14ème édition, Pierre Perchaud, guitariste de son état et directeur artistique pour cette occasion, avait décidé d’ajouter une soirée le jeudi dans la belle grange où se donnent les concerts des samedi et dimanche après-midis, ceux des autres soirées étant toujours dans la grande cour de l’abbaye. Une fois encore, la programmation s’avéra variée, mélangeant les styles, les générations et les dimensions orchestrales, la devise de Pierre Perchaud s’établissant plus autour de la sincérité artistique qu’autour d’une rhétorique musicale précise.

Pierre Perchaud, l’interview à propos de l’édition 2023

Interview réalisée par J.Paul Gambier le 2/07/23


Deux “enfants du pays” natifs d’Angoulême étaient conviés à la fête, Christian Escoudé le vendredi et Matthis Pascaud le lendemain. Si le premier est revenu s’installer en Charente après une carrière internationale, ce n’est pas pour y couler une retraite loin des amplis. Il proposait ce soir-là un quintet tout nouveau avec Sophie Alour (ténor), Ludivine Issambourg (flûte énergique), Antoine Hervier (orgue) et Simon Goubert (batterie). Si ce quintet est encore un peu vert (ce n’était que son 2ème concert), il remporta néanmoins un vif succès et ce fut le cas aussi de la formation de Matthis Pascaud avec le chanteur Hugh Coltman qui jouèrent leur programme en hommage à Dr John, gourou musical de la Nouvelle Orléans disparu il y a quatre ans. Avec Christophe Panzani (ténor), Pierre Elgrishi (basse) et Karl Jannuska (batterie), un parfum de blues et de rock réchauffa un public qui brava une bruine tenace.

Christian Escoudé Unit 5


Matthis Pascaud & Hugh Coltman


Autres valeurs sûres, Daniel Zimmermann (trombone) et Eric Séva (saxophone baryton) avaient enchanté l’assistance dès le jeudi soir. Une fois de plus, ce qu’ils firent tient d’une sorte de miracle musical. Sans le soutien d’une rythmique ni d’un quelconque instrument harmonique, ils tinrent en haleine les festivaliers du premier jour grâce à des mélodies qu’ils tripatouillent dans tous les sens et réécrivent en en gardant l’essence. Des thèmes connus comme Libertango (Piazzola) Caravan (Ellington) ou Indifférence (Tony Murena) mais aussi des compositions personnelles parfaitement intégrées au programme. Un travail énorme pour un plaisir immense de l’auditeur. On en redemande, d’autant plus que l’acoustique de cette grange est superbe et que le savoir-faire de Kim Ottogali préserva à la console le naturel des sonorités. La musique acoustique est si souvent gâchée de nos jours par des sonorisateurs qui ne connaissent que le bouton de volume que c’est à noter. Et les  mêmes louanges pour Boris Darley qui officie chaque année avec bonheur en extérieur dans la grande cour.

Eric Séva & Daniel Zimmermann


Charlier/Sourisse/Winsberg faisaient partie eux aussi des talents confirmés depuis longtemps et ce trio orgue-guitare-batterie que l’on connait depuis des années s’était fait quartet avec la jeune chanteuse Malou Oheix, lauréate du CMDL (Centre des Musiques Didier Lockwood) dont la voix se fait instrument. Comme d’habitude, leur musique se veut actuelle sans rien renier aux fondamentaux du jazz.

Charlier/Sourisse/Winsberg


Ce fut également le cas du quartet Flash Pig que l’on joint aussi aux valeurs confirmées de cette édition car, si certains pensent les classer parmi les jeunes musiciens, il y a bien une quinzaine d’années que cette formation existe. Mais leur quatrième album sorti l’an dernier a été celui d’une consécration tardive bien méritée, salué par une critique enthousiaste. Eux aussi ont les pieds solidement ancrés dans le jazz éternel tout en étant ouverts à certaines tendances de notre temps. Ce mélange sans âge parfaitement maîtrisé fut ovationné car le groupe fut une révélation pour beaucoup de spectateurs. Mais le festival fait toujours place à de nouveaux talents et ce fut encore le cas pour cette édition. On put encore une fois découvrir une excellente formation issue du CMDL avec le Saïma Quartet regroupant quatre musiciens à l’aube de leur carrière et qui faisait penser au quartet de Joe Lovano et John Scofield.

Saïma Quartet


Le saxophoniste Abdelbari Fannush séduisit le public par sa sonorité pleine de douceur, comme le fit l’altiste Olga Amelchenko le samedi. Elle aussi a sorti un disque bien accueilli il y a quelques mois avec une autre formation mais il va falloir attendre encore quelque temps encore pour écouter celui qu’elle va enregistrer avec le quintet qu’elle présentait à Respire.

Olga Amelchenko 5tet

l’interview de Olga Amelchenko:


Quant à l’orchestre de Robinson Khoury, c’est un véritable triomphe qui lui fut fait. A 27 ans, c’est déjà l’un des grands maîtres de l’instrument et la musique originale qu’il offre (un côté presque spirituel et poétique où il laisse de la place à sa voix) laisse présager de belles années à venir devant lui.

Robinson Khoury 5tet


Enfin, il y eut aussi deux bonnes surprises avec deux groupes dont on ne connaissait pas grand-chose. Le flirt de la musique orientale avec le jazz ne date pas d’hier mais il est parfois le fait plus d’une mode que d’une véritable inspiration. Rien de ça avec le groupe Azawan qui mêle le jazz au chaâbi (musique née dans les années 30 à Alger). Mais quand les musiciens sont excellents, n’importe quelle musique est belle. Parmi eux, le saxophoniste Martin Guerpin étonna beaucoup de monde, tant par son jeu que grâce à une sonorité divinement belle au soprano. Triomphe pour eux aussi, le public étant resté jusqu’au bout malgré la bruine insistante. Le soleil était revenu pour la clôture du festival avec Angelo Maria, groupe annoncé comme mêlant l’afro-beat et le funk au jazz. Une partie du public se regroupa devant la scène pour danser mais, là encore, le niveau des musiciens enchanta ceux qui avaient du mal à bouger malgré un final en apothéose devant les grandes structures en bambou construites par Dominique Pelletier, électricien en chef du festival mais aussi photographe et décorateur plein d’invention.

Angelo Maria


Il y eut aussi la ballade musicale du dimanche matin autour de l’abbaye (deux heures de promenades entrecoupées de pauses musicales), la conférence de Franck Bergerot sur Carla Bley (rencontre qui, au fil des ans, fidélise son auditoire) et les fameuses jam sessions de Respire, heureusement revenues à côté du bar pour transformer le lieu en club de jazz sous les étoiles. Lancées par le Saïma Quartet, elles accueillirent jusqu’à pas d’heure des musiciens du festival et d’autres, parmi lesquels les ébouriffants Jacob Chaignaud (jeune altiste), Paul Walszak (tromboniste de 15 ans qui en étonna plus d’un lui aussi) et Julia (12 ans et fille de Pierre Perchaud) qui interpréta une chanson de circonstance intitulée … Respire !

moments choisis …



Philippe Vincent, texte (également publié sur Le Blog de Jazznicknames)
J.Paul Gambier et Marion Poudevigne, photos

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