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Umlaut Big Band on tour

En tournée dans la France profonde, ils ont plongé dans les profondeurs du jazz. Ivresse des profondeurs assurée.

Le jazz est rigolo. Banjos et canotiers. Le jazz est rutilant. Brillez trompettes, soufflez les anches. Le jazz est triste quand il part, joyeux quand il revient. Le jazz est un folklore, le jazz est folklorique. Il est festif. On le ramasse à pied, en short, au moment des grandes marées des festivals d’été. En big band, il est décoratif : des pupitres habillés en hommes-sandwiches, des sections en uniforme, qui se lèvent au garde-à-vous ; même un chef parfois, qui fait le pitre, et un batteur qui fait le show, là-haut, avec timbales, cymbales, cloches en cuivre et cloches en bois. La musique, servie chaude, joue du velours et du lamé. C’est historique, c’est rangé.

            Le pari de l’Umlaut Big Band, c’est de sortir la musique des années 20 à 40 de ce mausolée du Casino de la Plage. De lui faire prendre l’air, lui redonner une jeunesse. Il n’est pas indifférent que ce soit le projet d’improvisateurs dont les moindres sorties, chacun de leur côté, feraient illico vider les fauteuils et claquer les strapontins. De ceux que les auto-légitimés amateurs de jazz exècrent. Or, que se passe-t-il ? Reprenant Duke Ellington, Andy Kirk ou Jimmy Lunceford, le pouls est pris et le miracle s’opère : ils vivent encore. Et mieux : cela s’explique.

            Comme improvisateurs, chacun des membre de cet orchestre s’est confronté au son. Tous dotés d’une formation académique des plus solide, d’une culture musicale des plus ouverte, ils ont passé quelque temps à déconstruire cet apprentissage pour se confronter à l’envers brut du son, avant qu’aucune note éligible à la portée ne l’ait caparaçonnée. Aussi ont-ils une autre appréhension du matériel, une autre connaissance de l’instrument, et, partant, une façon d’envisager ces partitions qui ne relèvent plus de l’art médico-légal mais de la magie blanche. Celle qui part de l’esprit pour en infuser la lettre. C’est là le secret de la totale réussite d’une entreprise qui se situe aux antipodes du revivalisme façon modeste des orchestres de jeunes apprentis ou de vieux nostalgiques, ou façon prétentieuse alla marsalis et consorts. Il n’est que d’entendre un ténor mat, au vibrato et jusqu’aux raideurs d’époque, une batterie au tom basse posé à terre en porte-à-faux et frappé à revers, un piano enjoué, empanaché de stride, une clarinette volubile, un maniement virtuose des plungers ; des soli brefs, percutants, intelligence et feu ; d’entendre tout cela certes, mais sans l’interface d’une amplification, avec un équilibre naturel, et sans perdre de vue que ces orchestres avaient pour vocation première de faire danser. La contrepartie c’est Dizzy Gillespie qui l’énonce (après bien d’autres) : « Il faut savoir danser sur une musique pour être en mesure de la jouer. » On but, on dansa, il y avait de la joie.

            De l’humour aussi. Pour un énième rappel, l’orchestre mit en scène le souvenir théâtral d’un concert polonais de plein air, en plein hiver.  L’occasion pour tous de déjouer en débandant le big band sous l’effet conjugué de l’épuisement, du froid et de la vodka. D’expérimenter enfin un mode de jeu « augmenté » : avec gants et mouffles. Hilarant – et virtuose.

            Dans cette petite bastide marquée par la dissidence aux portes de Périgord, cela faisait sens. Venant de Creuse, avant de rejoindre l’Île de Ré, l’Umlaut Big Band y faisait étape au cours d’une tournée de la province en minibus qui rappelait les conditions dans lesquelles les territory bands sillonnaient les États-Unis. Logement dans le grenier compris. Cela passa comme un rêve.

Philippe Alen, texte et photo


Umlaut Big Band : Pierre-Antoine Badaroux (as, dir. Art.), Antonin-Tri Hoang (as, cl), Pierre Borel (ts, cl) , Geoffroy Gesser (ts, cl), Benjamin Dousteyssier (as, bars), Brice Pichard, Pauline Leblond, Gabriel Levasseur (tp), Alexis Persigan, Michaël Ballue (tb), Matthieu Naulleau (p), Sébastien Beliah (b), Antonin Gerbal (dm).

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