Comme l’a énoncé Truffaut à propos des films, on pourrait presque dire la même chose quant à l’improvisation : « l’improvisation c’est comme des trains qui avancent dans la nuit, c’est une histoire de rencontres, d’oublis, de correspondances, de retrouvailles ». Ainsi de Christine Wodrascka et Bernard Santacruz réunis une première fois en 1992 pour un hommage à Charles Tyler puis se croisant de loin en loin (Boumag Connexion, Récifs, Old & the New Things…) avant de se retrouver aujourd’hui au sein d’un duo des plus intenses.
La grande qualité de ce duo c’est qu’il ne doute jamais. Ici, nous naviguons dans la certitude de croiser de libres figures bercées par une continuité ô combien ludique : le jeu mais pas le je. Pas plus que le je étant autre, ces trains-là ne sont pas des trains fantômes puisque rien ne se cache de la complicité les unissant.
Les cordes peuvent être étouffées ou ouvertes à tous les vents, elles aiment à butiner, à se ressourcer dans l’instant présent car tout est toujours à poursuivre. Des escales certes (cela sera sans doute différent en concert) non pour respirer mais pour prolonger le trajet. Et si j’aime particulièrement leurs véloces dialogues, j’aime également leur désir de creuser une obsession et ne pas s’en échapper. Écoutée ainsi, l’improvisation semble facile, si naturelle.
Grace à leurs clairs-obscurs et à leurs clartés fulgurantes, l’auditeur n’a d’autres choix que de s’embarquer avec eux dans ces merveilleux trains de nuit.
Luc BOUQUET














