DISQUE DU MOIS
Proposé par Philippe VINCENT
On le sait, les batteurs ne sont pas que des frappeurs de tambours qui ne se soucieraient que du rythme mais ce sont des musiciens comme les autres qui peuvent aimer les mélodies, l’harmonie, les arrangements et certaines démarches orchestrales. Mais voilà un disque qui n’est ni vraiment celui d’un batteur, ni vraiment celui d’un leader tant la musique qu’il nous propose est le résultat d’une implication collective brillante et partagée. Bien sûr Fred Pasqua est le maître du projet et son initiateur, ne serait-ce que par le répertoire dont il est, en majorité, le compositeur, exception faite d’un très beau thème de Yoan Loustalot, la reprise d’un morceau de Milton Nascimento et d’un autre de Maurice Ravel (eh oui !). Mais, fidèle à son jeu qui nous donne parfois l’impression qu’il écoute plus qu’il ne joue, ce sont d’abord la finesse et la subtilité de son discours qui nous sautent à l’oreille. A ses côtés, Yoni Zelnik le soutient comme une sorte d’alter ego, nourrissant un peu plus la complicité qui les lie depuis des années au sein de différentes formations. Quant à Nelson Veras, on retrouve le guitariste venu d’une autre planète, plus proche de Villa-Lobos que de la bossa nova. Le résultat est une musique dont on a l’impression qu’elle est inventée dans l’instant pour aller tutoyer l’inconnu et où l’improvisation collective, vieux concept fondateur du jazz, atteint un degré de créativité qu’on aimerait rencontrer plus souvent dans le jazz dit “contemporain”. Aussi rare qu’original, n’ayez pas peur de vous piquer à ces ronces.
Philippe Vincent














