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Arles, entre émotions et enthousiasme

Revoilà le mois de mai qui annonce la belle époque du jazz à la Chapelle du Méjan à Arles. Pour ma part, je ne pouvais assister qu’à une soirée sur les quatre prroposées. Il était difficile de choisir parmi une riche programmation, cependant celle du jeudi 23 mai a été particulièrement réjouissante et totalement réussie.

En première partie se produisait une pianiste coréenne injustement méconnue, Francesca Han. Débutant très jeune en Corée, elle s’installe dans le Sud de la France en 2019 après plusieurs années passées à New York et au Japon qui la voit collaborer à de nombreux projets. Le disque “Exude” avec le trompettiste Ralph Alessi en 2021, enregistré au studio de La Buissonne, la fait sortir avec bonheur de l’ombre en France et c’est avec plaisir que j’avais hâte de l’entendre, ayant été fort séduite par ce duo.


Il en est ressorti une émotion énorme, dans un cadre qui convenait à merveille au toucher délicat et à la sensibilité rare de cette pianiste aux confins du jazz et du classique. J’irais même jusqu’à dire que c’est la version féminine d’un Bill Evans, avec des pauses et des respirations, laissant des silences suspendus dans le vide dans une composition justement influencée par ce dernier à travers Blue in Green. Sa première composition Camargue était également très inspirée au sens propre et figuré, par les paysages de notre région ; tandis qu’une autre l’était par le Countdown de John Coltrane. La pianiste s’arrête, nous parle en nous expliquant ses sources, avec une élégante sobriété à l’image de son jeu, puis continue sur un reconnaissable Love in Outer Space de Sun Ra, entrelacé avec Le Musichien du pianiste François Tusques. Les applaudissements sont nourris devant tant de dextérité. Elle terminera son concert sur une interprétation de Think of One de Thélonius Monk, avant d’être rappelée avec ferveur et de nous gratifier à l’occasion de la fête des Mères prochaine d’un magnifique Mélancholia composé par Duke Ellington pour sa mère. Une première partie exceptionnelle, avec un superbe son qui a mis en valeur cette pianiste à connaitre absolument. A quand un disque solo qui ferait un malheur ?

En seconde partie de soirée et fort judicieusement choisi pour prolonger l’atmosphère de lévitation, le contrebassiste Claude Tchamitchian nous a présenté son dernier quartet “Vortice”, composé avec lui de Catherine Delaunay à la clarinette, Christophe Monniot aux saxophones alto et sopranino et Bruno Angelini au piano. Autant dire un quartet de rêve que je ne voulais pas manquer, en ayant eu les échos plus que dithyrambiques par Jean-Paul Ricard, l’ancien président de l’Ajmi et coordinateur de Jazz in Arles. Il s’agit du troisième concert donné par le quartet après la première à Jazzèbre à Perpignan début octobre dernier et à Paris au Triton quelques jours avant.

Retrouvez l’interview “Vortice”
de Claude Tchamitchian par Yann Causse à Jazzèbre

Le rodage est bien terminé, malgré encore quelques insatisfactions exprimées par le contrebassiste en fin de concert à mon grand étonnement et nullement senties par le public qui a accueilli ce concert avec un énorme enthousiasme. Vortice signifie “Tourbillon” en italien et c’est bien cette impression qui ressort à l’écoute de ce que Claude Tchamitchian a intitulé “Musique pour un Cirque Imaginaire”. Une musique inspirée par ses déambulations lors de son enfance et adolescence dans les fêtes foraines qui duraient deux mois à Orléans, souvenirs qui remontent à présent depuis 2 à 3 ans et qu’il avait besoin de mettre en écriture. Ses compagnons sont idéalement choisis pour s’être déjà frottés à la musique populaire et c’est donc un quartet tout à fait cohérent qui nous délivre une musique assez inhabituelle chez le contrebassiste, très festive, pleine d’allégresse toutefois teintée de nostalgie comme dans la première composition Les Manèges de l’Aube, avec un bel équilibre entre écriture et envolées jouissives improvisées de chaque protagoniste.


Bruno Angelini développe comme à son habitude un lyrisme et une adaptation bienveillante de tout instant en posant le regard sur ses compagnons. Les titres sont beaux et bien choisis comme l’Âme du Limonaire, le limonaire étant un gros orgue de Barbarie, Attraction Céleste, L’Ivresse du Galop, comme autant de tableaux où nous déambulons dans la fête foraine. La dernière composition au titre éponyme Vortice , débute sur un solo électrique à l’archet du contrebassiste qui nous entraine ensuite dans une ascension vertigineuse avant de se terminer dans une ovation unanime. J’aurais bien aimé un rappel, prévu au demeurant mais qui est resté sur le bord du chemin, tant la tension je pense, méritait de retomber après cette explosion finale. On en retient une joie immense et palpable lorsqu’on voit les quatre musiciens venir saluer sur la scène. Amis brestois, allez les écouter le 14 juin, en sachant que le disque sera bientôt enregistré sur le Label Bleu à Amiens et qu’il fera certainement date dans la longue carrière de Claude Tchamitchian.

Merci à Baptiste Bondil le coordinateur de cette manifestation et à Jean-Paul Ricard pour leur accueil. En parallèle de ce compte-rendu, je vous invite à jeter un coup d’œil sur les musiciens programmés cette année en allant sur le site de l’Association du Méjan.

Florence Ducommun, texte et photos

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