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El silencio (Raymond BONI )

clameurRessurgissent les images des fantômes de Goya, visages pétrifiés, rieurs, grimaçant, terrifiés, sur lesquels plane la “muerte”, dans la pénombre du crépuscule, sous la noirceur du ciel, voix péremptoire, puissante, dramatique, guitare enlaçant ces larmes de sang et de rage, sombre vision des suppliciés précipités du pont de Ronda, sombre vision du sang répandu.
Violeta, habité par Lorca, héritière des souffrances de ces rêveurs, idéalistes perdus, déclame à la mémoire de ces oubliés, combattants utopistes, épris d’amour fou, de folle liberté.
Moncho, caresse, frotte, écorche cette guitare, “cœur malheureux” qui pleure, saigne, guitare gitane, étendard symbole, souvenir de Sabicas, guitare rouge, “sangre de muerte”, guitare noire, “fruit étrange”, échos “bottleneck”, souvenir de Big Joe Williams.

Seule, la guitare de Boni surgit, “Après la dune”, sur d’imperceptibles sonorités de luth médiéval et d’oud oriental aux fulgurances gitanes, Tchamitchian lance un puissant ostinato, entêtant, la musique enfle comme un rythme arabo-andalou, frisson enivrant s’élevant dans une spirale ascendante, corps à corps, cordes à cordes, intense émotion, fusion des sons, la musique progresse, aventureuse, sur les claquements des cordes de deux frères d’âmes.

“Folie dure”, quadrature du cercle, “Next to you” se jette à corps perdu dans la musique, Boni, Lazro, McPhee, Tchamitchian, crépitant, lacérant, éructant, feulant, vibrant, déchirant, érigeant un univers sonore où l’on ne distingue plus les instruments, mais une seule entité musicale, aussi mystérieuse que fascinante, un quatuor ultime, bien au-delà des mondes connus et défrichés de l’improvisation.

Sons fracturés au milieu de longs silences, fourmillements de saturations imperceptibles d’une guitare, résonances des graves abyssaux d’un piano, torsions vocales emprisonnées dans des tuyaux de cuivres, immenses murs sonores où s’accrochent les stridences d’un harmonica, clameur, le duo Boni / St Remy, évoque la bande son d’un film surréaliste, tentant d’extraire la matière musicale, des décors noirs fantasmagoriques de Pierre Soulage, dans un rêve mystérieux aux visions inquiétantes.

Profondeur, ampleur du son, fulgurance sur les cordes, effleurement des doigts sur cette caisse rouge, rugissements étouffés, boucles d’échos réverbérés, rythmes répétitifs, lancinants, l’homme-orchestre empli l’espace de milliers d’étoiles, honorant

“l’homme étoilé” de sa magie sonore, beauté inouï de cette guitare au son submergeant les sens d’un grand frisson, puis se taisant quand la voix seule de Muncho, perce l’obscurité, avec ce “llanto”, serrant sa gorge, “el silencio”.

Christian Pouget

Nouveauté CD: "CLAMEUR" / Raymond Boni (guitare, harmonica), Raphaël Saint-Remy (piano, « hauts-cuivres », hautbois , épinette) / [Emouvance / Socadisc]

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