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JM Foussat : Propagande Véritable & Merveilleuse

Depuis que musicien lui-même, il produit de la musique des autres, comme preneur de son puis comme fondateur d’un label, Fou Records, Jean-Marc Foussat a été en première ligne pour affronter les diverses révolutions technologiques qui ont bouleversé ces cinq dernières décennies.
Le disque, ses circuits de diffusion, certes, mais aussi le concert, sa forme et son destin. Alors qu’il vient de poster une série d’enregistrements sur Bandcamp, on ne pouvait pas faire l’économie de ses réflexions sur une telle initiative.

Jean-Marc Foussat aura l’occasion de revenir sur ses propos lors d’un « Rond-point des Allumés », le 17 septembre (15-18h), au cours du festival Jazz à Trois-Palis, Charente (16-18/09).

Tu as enregistré une série de duos que tu dis malicieusement « bien confinés », entre octobre 2020 et  janvier 2022.
Question liminaire, pour ne pas y revenir : les confinements pour raison sanitaire à répétition ne sont certes pas pour rien dans cette qualification, mais le maintien à distance de tous les grands canaux de diffusion de cette pratique de l’improvisation qui est sa condition ordinaire n’est-il pas en soi un confinement, à bas bruit, bien plus durable ?


Eh bien je commencerai ma réponse par un sans doute provoquant « pourquoi pas, c’est certainement aussi bien comme ça… pourquoi toujours des perles aux cochons… » ?

Le monde est fou et les cohortes humaines soumises réclament de l’autorité à tout va.

Improviser. Pourquoi donc ? Qu’est ce qui est en jeu là-dedans ?

Il m’arrive d’écouter la radio, robinet ouvert d’où de la musique coule et suinte. La véritable musique du pouvoir, et quasi sans cesse. Au besoin la voix radiophonique explique pourquoi, avec moult adjectifs inopérants et obligatoirement jugeants et justifiants, nous, les auditeurs, devons trouver que c’est beau. Jamais une critique sérieuse argumentée, au mieux des anecdotes sur le pourquoi du comment de la vie du compositeur qui n’ont rien à voir avec un quelconque schmilblick musical.

L’image parfaite du pouvoir démocratiquement en place.

Au mieux un compositeur compose. Un interprète l’interprète. Soumission de l’interprète à la Chose composée par autrui. L’orchestre a besoin d’un chef. Sans chef, c’est la cacophonie. Quelle image merveilleuse des relations de pouvoir au pouvoir.

Une hiérarchie chie du son, son son, plus ou moins avec peine entre chiasse et constipation. Quelle horreur ! Je n’en veux plus.

Je joue avec d’autres jouant joueurs et ne cherche aucune ascendance ou primauté.

Radio propagande out.
Retour sur soi
Merci mascarade CoVide.

Oui, Il y a eu un truc qui s’est appelé confinement qui ne rimait à rien. Mais qui moyennant pour le pékin lambda 135 € l’infraction à ce décret liberticide au possible a quelque peu perturbé ceux qui lui ont obéi. Et c’était bien plus retors que ça encore. Le plus beau était que les déviants propagateurs mettant en danger AUTRUI, il était bien plus efficace de frapper avant toute chose ceux qui éventuellement pouvaient les accueillir. Et c’est ainsi que non seulement les concerts ont été immédiatement annulés mais l’idée même de remplacement sauvage et libertaire en d’autres lieux véritablement alternatifs interdit eux aussi du fait même des organisateurs affolés qui refusaient de faire passer l’information déviante. J’imagine que l’épée de Damoclès suspendue à leurs subventions y était pour quelque chose. Donc instantanément nous n’avons plus pu jouer NULLE PART sauf en des endroits privés mais surtout privés de publicité car tout aussi immédiatement les réseaux sociaux ont répondu présent à la doxa délirante des pouvoirs.

Au cours du second confinement un organisateur désolé m’a avoué être LUI à la merci d’une amende de 6 200 € s’il outrageait la loi commune en permettant qu’un ridicule concert d’une trentaine d’auditeurs maximum (eux à 135 € chacun bien sûr aussi…) ait lieu. Effectivement ces chiffres pouvaient donner à réfléchir à tout un chacun. Tout ça pour une vulgaire grippe dont le seul tort était de sortir de nos mains manipulatrices plutôt que de la plus pure nature…

Et aussi, bien sûr, sur fond de vague prise de conscience que l’argent, notre nerf de la guerre des nerfs n’était devenu pas beaucoup plus que des lignes de comptes informatiques ouvrables ou coupables à tout instant par non plus notre État ou même nos bonnes vieilles banques mais par des sociétés anonymement privées habilités à le faire en leurs noms.

Pas mal, pas mal, le camarade CoVide.
Pas complètement si vide que ça, après tout.

Comme je ne regardais déjà plus la TV depuis un petit moment j’ai poursuivi dans cette voie qui me semblait salutaire pour garder un esprit frais, et j’ai un peu utilisé quelques voix choisies montrées du doigt (ce qui m’a valu quelques ostracismes, passagers heureusement)…
car certainement complotantes (mais en vérité plutôt éclairées à mon avis) des réseaux sociaux pour me tenir au courant et j’ai, comme beaucoup, courbé l’échine.

Pourtant, soit dit en passant, ma vieille tante Mimi est morte en EHPAD à 96 ans de sa propre vieillesse, ayant par malheur évité que je la contamine à plusieurs reprises, par mes postillons démasqués, car sourde, elle ne pouvait plus que lire sur les lèvres… ce qui m’a bien entendu permis d’avoir mon droit de visite retiré quinze jours avant qu’elle ne meure, pour ne pas avoir respecté le règlement.

Je ne suis pas trop activiste, pas très courageux et pas non plus complètement fou quoique le début de mon nom puisse l’indiquer. J’ai pensé aux autres temps résistants. Soumis comme nous l’étions à cette propagande tout azimut, sans grands moyens d’action j’ai invité des copains à la maison et, entre nous, nous avons joué.

C’était petit. C’était tout petit. Minuscule. Micronique pour humoristiquement présidentialiser la chose. Alors l’idée m’est venue que de jouer quand même de ce Goliath totalitaire était un peu une revanche ou une réponse un petit presque rien mais VIVANT une espèce de notre propagande à nous, petits riens du tout, qui existait quand même.

Dans cet écrabouillement des esprits par le rouleau compresseur doxien, nous avons donc pu perdre encore quelques illusions. Moi je trouve que c’est plutôt bien. Il n’y a rien à espérer d’un monde où la chose que nous nous appelons lard, (peut-on de nos jours tartuffesques, aller jusqu’à l’art hard) et qui n’est pas du cochon, n’est que permise et que cette permission peut être retirée à tout moment par simple décret du prince.

La Musique est bien en dehors de ça. Et je prétends en corps qu’hors de celle qui peut prendre un grand AIME il n’en existe pas d’autre.

Nous avions eu l’intermittence système pervers d’assistanat d’État, bon aux techniciens des arts, mais parfaitement incompatible avec le fait artistique lui-même. Cette fois-ci, on nous a octroyé le présentiel sans nuage. Il n’est pas mieux.

Il est fort dommage de devoir croûter dans un système aussi peu respectueux de l’ÊTRE que le nôtre… mais pouvons-nous en vouloir au Capital de s’occuper d’autres choses que d’AVOIR ?
Je crains bien que non !

Alors, j’en prends mon parti et crains dorénavant ne plus trop jouer dans les endroits subventionnés. 

Reste l’habitant. Si quelques-uns apprécient, alors voilà une bête sur le dos de qui manger un peu… en échange d’un peu de bruit libre si tant est qu’on puisse l’être un peu, au moins en tête.

…Ce qui éclaire le titre générique un peu mystérieux que tu as donné à cette série de duos : « Propagande Véritable & Merveilleuse ». En somme, tu proposes avec ces duos comme une alternative, un retournement de cette propagande du « pouvoir » par une prise de judo : que la « cacophonie sans chef » offre justement une chance de s’émerveiller devant les sortilèges du son.

Je vais rajouter les deux morceaux véritablement inauguraux de la série, cette « Propagande Véritable et Merveilleuse »: le concert solo du 13 mars qui devait avoir lieu à Nantes sous l’égide de Sonic Protest chez LU et qui a eu lieu dans l’arrière salle d’un café local et celui qui devait lui succéder le lendemain 14, à Bagnolet toujours sous l’égide de Sonic Protest et qui a eu lieu en duo dans le local de la danseuse Bérangère Altiéri-Lecca, en Banlieue, avec Erik Borelva qui colocatait chez elle à ce moment-là.

Sinon en fait de protestation sonique régnait plutôt un silence de plomb

Tu viens donc de poster sur Bandcamp cette série de six duos[1]. Que signifie ce choix alors que tu diriges un label, Fou records, depuis bientôt dix ans ? Est-ce qu’il faut y déceler un effet des mêmes circonstances ?
Par ailleurs, tu t’es élevé – à très juste titre – contre le fait de baptiser “concert”, des prestations en solitaire, sans public, postées sur internet. Ces 6 volumes de la Propagande sont-ils des disques ? Sinon quoi ?

FOU est un label pour faire ce qu’on peut.

Pour faire ce qu’on veut, il faut de l’argent et FOU n’en cherche pas. FOU n’est donc pas très riche… et par conséquent se doit de vouloir peu. C’est quelques fois difficile à tenir.

CoVide, et c’était certainement un de ses objectifs, a coupé les ressources. Les liquidités sataniques car anti-numériques ont dû être utilisées. L’argent est allé à l’argent et les déjà pauvres se sont appauvris puisqu’il a fallu se nourrir sur les réserves. Et puis la « visibilité » qui n’est qu’amusante concernant le son, l’audibilité donc plutôt, a un peu pâti des salles fermées.

On a fait un genre de replis sur soi, là, il me semble, en forme de dos rond.
J’étais extrêmement hostile aux plateformes de diffusion de la musique. En même temps, et parallèlement depuis presque toujours, j’ai utilisé internet et mes sites jm.foussat.free.fr, tout.seul1.free.fr et toutseul2.free.fr pour diffuser gratuitement ma musique quotidienne, comme une sorte de documentation au jour le jour de mes idées musicales.

Ce sont des critiques qui m’ont demandé d’utiliser ce système de plateformes numérique pour avoir accès aux disques — surtout vinyles — désormais impossible à expédier, les coûts postaux ayant explosé grâce à la privatisation et l’amazonite. J’avais déjà un peu commencé et là j’ai donc remis le doigt mis dans l’engrenage… un peu plus sérieusement.

De toute manière se pose et se posera à mon avis toujours la question de la valeur de la musique qui est absolument et proprement, puisqu’elle échappe à toute prise et accaparement manuel, insaisissable. Donc, ce qui peut valoir n’est que son support… salle pour le concert, si l’on veut de la chair et de l’os, papier pour les partitions qui ne sont que bien parfaitement mentales, maintenant encore disques ou CD pour les exécutions enregistrées qu’affectionnent les fétichistes* comme moi. Et pour tout ce qui s’apparente à des flux, radio ou internet, je ne vois pas très bien quelle est la réalité du support… le poste, une clef USB[2]… rien que du volatil.

Oui, pour répondre à la seconde partie de la question, il y a eu un bouchon poussé très loin quand on a voulu faire passer pour des concerts ce qui n’en étaient que des ersatz. Au mieux, du studio pas trop mal filmé et bien enregistré. Sur ce point ma fille, qui fait partie de mes auditeurs tout à fait lambda, est très claire : « pour se faire une idée de la musique de papa on doit aller la voir d’abord en vrai, au concert… ses disques ça n’est pas la même chose et ça ne vaut pas tripette. » C’est comme au théâtre il s’y passe quelque chose de solidarité mentale qui gêne manifestement terriblement le monde binaire et informatisé qui souhaiterait le voir disparaître purement et simplement… sauf peut-être dans les matchs de foot où la foule est déjà là totalement acquise au fascisme. C’est un peu comme si pour des élèves à l’école, recevoir un cours en distanciel pouvait sérieusement remplacer un cours en présentiel… Comme si l’image ou la carte postale pouvait remplacer l’œuvre ou la peinture…

Mais la télé le fait très bien au-delà d’un certain ratio grandeur de l’écran dans la pièce où elle est placée. Autant qu’il m’en souvienne, c’était déjà annoncé par Huxley dans Le meilleur des mondes.
On voit bien là poindre l’ultime vision totalitairement asexuée réalisée par l’image pornographique triomphante via mitou : on ne touche plus l’autre, on se touche encore un peu du bout des doigts et ça suffira bien comme petit plaisir qui fait son petit effet sans trop de dégâts sentimentaux… néfastes au travail productif.

Muzak !

Mais venons-en au Bandcamp. Les Bandcamps ne sont pas des disques, c’est certain. Je ne sais moi-même pas très bien ce qu’ils sont. À un moment, j’avais perdu dans un crash de disque dur le volume 1, Voyageurs (que j’ai retrouvé par la suite). J’ai voulu faire un gag et mettre des fichiers vides avec quelques explications. Mais bien sûr, ça n’a en premier lieu pas du tout plu à l’alter ego musiquant avec moi dans ce projet… Je pense donc que le véritable problème vient de ce que nous prenons les choses souvent beaucoup trop au sérieux ; que nous oublions de rire et d’abord de notre propre bêtise. Nous devrions pouvoir RIRE de tout. C’est bien ce que nous avons appris en lisant HaraKiri, puis l’hebdo et enfin Charlie Hebdo. Les contingences phynancières nous détournent mortellement de ce plaisir et c’est une calamité .

Tu as donc d’abord posté six duos, que tu as d’abord complété par les « deux morceaux inauguraux », pour ce que tu as d’abord conçu comme une série à part. Or elle ne cesse de proliférer – en amont et en aval – et regroupe à ce jour pas moins de treize enregistrement. Quand on publie un disque, un cd, un coffret, on a – je suppose – une petite idée de la manière dont la musique va être écoutée. Quel type d’écoute envisages-tu pour une série (qui se donne pour telle) de fichiers postés, accessibles gratuitement, mais achetables ?

Eh bien on a été confinés et pendant ce long moment il était difficile de jouer dehors.
Se sont développés des trucs genre « Je suis ici, tu es là et grâce à la merveilleuse technologie dont nous disposons, nous pouvons quand-même jouer ensemble, malgré les adversités. »

Ça a eu le don de m’exaspérer. Car ou bien on est ensemble ou on ne l’est pas.

J’avais fait un disque comme ça avec un Grec que je n’ai jamais vu. Sans trop réfléchir ça avait l’air d’être amusant et je l’ai fait mais ça n’est pas un très bon disque. Maintenant je ne le ferais plus. Ce n’est pas parce qu’il est possible de faire quelque chose qu’on doit le faire. Je suis certain que ça fait partie des leurres du progrès et de la propagande dans laquelle nous baignons.

Résister à ce que les machines nous enjoignent de faire est me semble-t-il tout à fait nécessaire. J’ai très tôt expérimenté ça avec Photoshop et XPress puis ProTools. Avec ces choses merveilleuses qui peuvent TOUT, nous oublions ce que nous, nous avons à faire… et ce le plus souvent sans même nous en apercevoir car nous croyons bien trop vite que la machine nous aide… Alors que la seule question à se poser n’est pas celle de l’aide mais celle de la nécessité.

Donc bien que confiné, j’ai joué tout de même. Des musiciens démasqués sont venus à la maison, nous avons bravé les virus et joué. Avec Bruno Billaudeau nous avons pensé qu’il était légitime de sortir ces bruits de l’enfermement où ONT les réduisait et comme ça est née l’idée d’une anti-doxa libre et gratuite (au début…) … ou d’une non-propagande à notre portée.

Le Billaudeau duo était le premier. Après il y a eu Fa, puis Cremer. Mais entre-temps Jacques Levavasseur était passé par là avant d’aller solitairement casser sa pipe, et alors je me suis dit à la réflexion qu’il fallait réunir sous le vocable Propagande Véritable & Merveilleuse, tout ce qui avait été fait pendant et contre cette horreur institutionnelle qu’est CoVide.

Car dès le premier jour dès qu’il a été question d’annuler le premier concert à cause de ce DANGER ridicule… c’était bien mal barré. Enfin ! Il a été joué un peu de musique à nos frais, mais finalement n’est-ce pas son lot depuis toujours, à la musique, de coûter.

Ce sont des bouteilles à la mer. C’est une série de bouteilles lancée à l’aveuglette… une espèce de manière un peu cynique et désespérée de montrer que ce ne sont certainement pas ces outils modernes qui font ou créent l’audience. Au mieux nourrissent-ils bien leurs PDGs et actionnaires.

Mais en ce qui concerne la « rémunération » de la musique et des musiciens je peux le dire c’est moins que RIEN ! je vais détailler un peu. Déjà pour accéder de manière sérieuse à la plateforme contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, ça n’est pas gratuit. C’est gratuit pour les individus musiciens isolés, mais FOU qui est une société doit payer pour commencer 20€ par mois à l’hébergeur. Ensuite, si j’affiche un titre à 7€ je ne dois pas oublier qu’il s’agit de 7€ HT et donc l’acheteur lui payera 1,20€ de TVA en plus soit un total de 8,20€. Mais il faut aussi penser que Bandcamp et PayPal vont encore se servir là-dessus et à coup de petits pourcentages qui semblent ridicules, au bout du compte et de mémoire il doit rester aux musiciens 5,20€. De notoriété publique, Bandcamp est la plus généreuse et la moins gourmande des plateformes.

Je crains de devoir dire que c’est tout de même, de fait, un système scandaleux.

FOU Records 

SARL à but exclusivement légal et non lucratif 

cherche mécène 

ayant l’intention coupable 

d’un Acte Gratuit 

Les disques, j’en ai beaucoup et je les écoute. Je pense que je les ai tous écoutés au moins une fois. Je les écoute presque tous mais évidemment pas tous. C’est ma collection. Si je les garde c’est que je pense qu’ils sont une image de la musique que j’apprécie. Est-ce que c’est intéressant pour d’autres que moi ? Je n’en sais rien. Les autres font-ils comme moi ? Je n’en sais rien non plus.

Parlons de ces rencontres. De Eric Borelva, batteur transfuge et dérivant du jazz et du funk, Emmanuel Cremer, Jean-Luc Petit, Mathias Pontévia, Aymeric Avice, Nicolas Souchal ou encore Xavier Camarasa, qui débordent chacun à sa façon de la scène de l’improvisation libre, à Cesario Fa, musicien « modulaire » et bidouilleur, en passant par Bruno Billaudeau, concepteur d’instruments quasi steampunk, ou Guillen Rodri, catalan « polyédrique » (musicien plasticien, danseur)…

En fait je joue avec les gens que je rencontre.

Certains deviennent des amis. Je me fâche avec d’autres… (souvent). 

Je pense qu’il n’y en a aucun que j’aie jamais oublié… mais certains sont inoubliables plus que d’autres… tous ont été là et de jouer avec eux m’a un peu fait devenir qui je suis.

« Ce n’est pas nous qui faisons l’amour, c’est l’amour qui nous fait » écrit André Hardellet dans Lourdes, Lentes et je suis absolument certain qu’il a raison. Car il y a des choses dont il n’est pas permis de douter, en aucun cas. Je sais que ça n’est pas à la mode et je me fais taper sur les doigts et reprendre souvent à ce sujet parce qu’il y a simplement des choses dont je suis certain. Le doute me semble nécessaire pour beaucoup de choses, il permet quand on travaille de se poser les questions intéressantes qui font justement remettre en cause la nécessité même du travail lui-même. Quelques fois de manière déterminante. Mais quand on joue par exemple il me semble hors de question de douter de quoi que ce soit. Si je me mettais à douter quand je joue j’arrêterais immédiatement, c’est, à mon avis, absolument incompatible. Tellement même que si le propos de ce que ‘avais à faire tournait justement autour du  doute, je n’aurais en le réalisant aucun doute sur ce que je joue pour le signifier.

Je pense que c’est quelque chose qui est commun à tous les inventeurs ou qui croient en être. On ne peut pas douter de ce que ce que nous avons inventé vaut quelque chose. Je prends souvent l’exemple d’Albert Einstein qui après s’être démontré les relativités à lui-même, a passé toute sa vie à les imposer inlassablement au monde et, bien sûr, comment aurait-il pu mener cette tâche à bien s’il avait eu le moindre doute sur ses découvertes ?

Alors, après cette longue digression et pour en revenir à nos moutons, toujours, je préfère jouer avec des gens. Je m’aperçois que bien rares sont ceux que j’aime toujours comme au premier jour, qui sont devenus des amis et qui ont duré. Ceux-là j’y tiens plus que fraternellement. Ils sont ma famille choisie. La plus importante. Et n’est-ce pas naturel après tout qu’ils soient très peu nombreux.

D’autant plus qu’avec le temps qui passe, qu’il y en a déjà beaucoup qui sont morts. 

Des, avec qui j’ai joué, d’autres avec qui j’aurai bien voulu… mais il y a un moment où ça devient trop tard.

Car la mort n’est jamais loin et jouer c’est déjà un peu lui faire des pieds de nez. Faire des disques c’est aussi beaucoup lui dire : « tant pis pour toi copine je laisse quelques crottes derrière moi, pour ceux qui seront curieux des temps d’avant ». Car il y en aura bien toujours quelques-uns qui se diront que ceux d’avant n’ont pas fait qu’avoir peur de l’inconnu et qu’ils y sont allé voir, écouter et entendre et que ça qui sonne, ça donne peut-être un peu d’intérêt au fait d’être encore ici à vivre sur cette terre.

Personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas aimé la musique, et comme un fou… mais c’est avant tout parce que j’aime vivre… et que j’aime tout court !

Propos recueillis par Philippe Alen, mars-juillet 2022


Quand se posent les questions | Jean-Marc Foussat | Propagande Véritable & Merveilleuse (bandcamp.com)

Les 8 premiers :


[1]Lors de cet entretien, début mars 2022. (Ndr)

[2]À la fin du siècle dernier, le XXe, alors qu’un libraire désirait lui consacrer une vitrine pour laquelle il lui réclamait quelques « manuscrits » à exposer, le poète Emmanuel Hocquard lui avait envoyé une disquette informatique. (Ndr)

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