Inna Maaímura – Michel Doneda
Concert « À la maison » (16), 22 mai 2026
Michel Doneda (ss, shakuhachi, small electronics), Inna Maaímura (poésie, voix, guimbarde, cymbale).
Florence Toussan, écrivain, auteur de plusieurs livres aux éditions de l’Atelier IMIS, était présente lors d’un concert qui figurait en quelque sorte une avant-première à l’installation-parcours (peinture, sculpture, installations spatiales et sonores) qui lui est consacrée à Creysse (24) pour laquelle il a invité Michel Doneda à partager sa lecture de Mush, un long poème écrit pour l’occasion.
Un monde parallèle, ce soir-là, ouvert sur une presque clandestinité.
Nous sommes si peu nombreux. Une poignée de fidèles, public minuscule, restreint à son plus petit dénominateur, être voisin.es et être installé.es dans un état de curiosité. Inna Maaímura et Michel Doneda habitent cette soirée parfaite de mai commencée et conclue sous le tilleul. Dans le salon, le chat de nos hôtes, malencontreusement enfermé, sera malgré lui l’invité surprise d’un duo poète-musicien formé de longue date, renouant de rencontres en recherches, dans l’impulsion d’improviser.
Une sensation liquide, dans mon corps, comme le renouvellement de vœux, un baptême poétique.
Mobiliser une telle capacité d’attention est un cadeau fait à chacun.e de nous. Je me suis sentie chanceuse de vivre ce moment sorti de la marche du monde, d’être là, sans efforts, là, simplement, intensément, dans l’écoute et la disponibilité. C’est elle d’ailleurs, la disponibilité, qui est au cœur du moment qui s’ouvre. Je veux parler du moment, d’un moment dont on devine très vite que l’on ne sortira pas indemne, parler du chemin en train de se créer ensemble dans le texte tout neuf, non encore éprouvé, des mots qui tombent, des pages qui tombent, du saxophone ou de la flûte qui se coulent dans la moindre sinuosité, qui se saisissent des aspérités pour en faire leur son coulé en musique.
Je veux parler d’acceptation (y être, ce n’est pas rien), donner à ressentir à quel point compte ce que l’on vit ensemble dans un présent pur, une proximité qui ne se représentera jamais ou pas tout à fait la même.
Parfois, le son se noie à l’intérieur du son, le mot se noie à l’intérieur du sens, des mots chutent, la langue fourche, l’électronique se cherche un passage, tout est expérimentation, confronté et complémentaire, cheminement, langues et sonorités étranges ou étrangères. Mush, bouillie en français, a dit Inna Maaímura pour présenter ce travail, son texte écrit serti soudain dans son oralité, une toute première fois avant d’investir l’installation du même nom qu’il présente en Dordogne. Les signes, sonores, visuels, sont pour moi des nourritures terrestres. J’en oublie d’attraper le texte pour ce qu’il est, précis et documenté, entrecoupé de références, n’en garde qu’une impression intemporelle, celle d’avoir été touchée. L’adhésion est totale. L’âme du moment, dévisagée par nous neuf, artistes et public mélangés, se nourrit du dedans, à même l’évident plaisir d’y être, ensemble.
Sentir que l’on se redresse pour se mettre en situation d’y être et de recevoir.
Les présences sont en miroir, celle du poète pleinement dans l’ancrage et la verticalité, stable au travers d’une douceur tranquille, celle du musicien dans une fusion complice et aventureuse, son corps dans le mouvement, ouvrant des pistes, sollicitant, bifurquant, Michel Doneda toujours à la pointe de l’écoute. Nous sommes de part et d’autre de l’espace scénique à égalité dans la découverte. L’improvisation est aussi celle du public qui y trouve sa place, active, impliquée.
Premier mot, premier souffle et déjà le début d’un frémissement, l’embarquement est immédiat.
Je me laisse bercer par l’idée même de l’improvisation, sensation ou vertige, privilège unique d’accompagner une tension poétique en train de s’élaborer. En moi, un espace mental et sensoriel a été créé où je pourrai me rendre pour y penser, laisser mûrir et s’insinuer du désir pour la matière de l’instant devenue matière à poésie.
Florence Toussan, texte
Philippe Alen, photos























